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LECTURE D’UNE ŒUVRE

« La soupe » de Germain David-Nillet

'La soupe' de Germain David-Nillet
"La soupe" de Germain David-Nillet (collection du Musée Joseph Déchelette)


Ce jeudi soir 19 février 2015, Sandrine Ray a commenté pour une vingtaine d’Amis du musée et de la médiathèque un tableau sur lequel un visiteur inattentif pourrait se contenter de jeter un coup d’œil négligent mais qui présente un grand intérêt car « il est le témoignage de la société rurale d’une époque » à cheval sur le XIXème et le XXème siècle.
Son accrochage aux cimaises du musée de Roanne résulte d’une curieuse histoire : Germain David-Nillet, « artiste connu des musées mais pas du grand public » jouissait, de son temps, d’une belle notoriété. « La soupe » exposée en 1892 au salon de Munich, a obtenu la médaille d’or. Le tableau a alors été acheté par l’état et envoyé à Roanne en vertu d’une politique d’enrichissement des collections des musées des petites villes.
Peintre de genre par excellence, Germain David-Nillet, né dans une famille de lapidaires originaires du Jura, semble avoir été un autodidacte. Installé à Paris, « dans un atelier faubourg Saint Antoine, très grand, bien meublé… » il produit beaucoup et reçoit rapidement une bonne critique « bonhomme sympathique avec un bon coup de pinceau ».
Pourquoi « La soupe » et non pas « le souper ». En fait, « l’histoire racontée par le tableau dépasse ce qu’on voit ». Dans un espace clos, cadré par la table et en arrière plan une porte ouvrant sur un escalier, cinq personnages regroupés autour de la soupière en faïence blanche. Les éléments très précis du dessin permettent de raconter cette histoire : une habitation paysanne modeste mais propre, un couple plus très jeune, fatigué, la femme debout a servi son mari en premier, le commis tend son assiette dans l’espoir d’une dernière louche. Les deux autres ne font sans doute pas parti du cercle familial ; un maquignon ou un colporteur de passage, reconnaissable à sa tenue ; quant au jeune garçon, qui semble être ailleurs, que fait-il là ? « Pas de dialogue même pas d’échange de regards ». Comme si ce moment de « la soupe » était un peu sacré !
L’artiste jette « un regard réaliste sur la société de l’époque. Mais il en fait une peinture avec sincérité » contrairement à Van Gogh qui donne des « Mangeurs de pomme de terre » une représentation très caricaturale.
La technique elle aussi, est intéressante : la palette de couleurs est réduite, gris, marron, vert, des couleurs indéfinissables, froides,. « Seule note claire : la soupière qui donne l’impression d’éclairer les visages ». « Le peintre, qui travaillait à partir d’une photographie, s’attache d’abord à la lumière. La couleur vient après ».

Les A2MR remercient vivement le conservateur du musée ainsi que Sandrine Ray dont le commentaire très complet, comme toujours, a fait ressortir tout l’intérêt de l’œuvre de Germain David-Nillet.

Anne-Marie Berrod

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