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Conférence « Les Gillet et Roanne – L’affaire France-rayonne »

Jeudi 6 octobre 2016 à l'Espace Congrès

Hervé Joly


Auteur du  livre « Les Gillet de Lyon – Fortune d’une grande dynastie », Hervé Joly, directeur de recherche au CNRS a été amené à s’intéresser à cette famille d’industriels lyonnais dans le cadre de ses recherches sur l’histoire économique et sociale des entrepreneurs industriels et des milieux d’affaires. Dans son livre, il évoque les transformations du capitalisme français depuis un siècle et demi. Cet ouvrage associe histoire d’entreprise et biographie familiale. Nous lui avions demandé de développer plus particulièrement « l’affaire France Rayonne ».

 



Quelques éléments historiques


Au XIXème siècle, à Lyon, on compte environ  80 teinturiers qui travaillent à façon dans la fabrication de la soie.
François Gillet, 1813 – 1895, originaire de Bully (69),  développe son entreprise et devient le 1er teinturier industriel sur soie. Les évolutions de cette industrie sont rapides, mécanisation et diversification de la chimie, invention de la soie artificielle en 1904, extension de la teinture  sur coton, développement de produits auxiliaires de la teinture. Concurrencés  par le groupe Thaon, les fils Gillet,  François et Joseph,  prennent finalement le contrôle de l’ensemble de la teinture sur coton en France avec, notamment  3 usines dans la région, Tarare, Pont Trambouze  et Roanne. Après   la fusion avec Thaon en 1959, l’entreprise devient un groupe considérable, CTA (Compagnie des Textiles Artificiels), qui développe 3 branches : teinture, chimie et textiles artificiels. La gestion, malgré tout, sera  restée dans la famille Gillet pendant 4 générations.

L’affaire France-rayonne
L ’explosion de l’utilisation des textiles artificiels entraine l’implantation de la rayonne à Roanne en 1924, avec une grande usine dans le quartier de Matel qui fabrique la soie artificiel (l’appellation sera interdite et remplacée par rayonne en 1934) selon un procédé allemand connu sous le nom de rayonne Bemberg .
Le développement de la fibranne, substitut du coton, abandonné parce que trop cher, jusqu’à la guerre, sera repris à l’automne 1940 sur le site de Roanne sur proposition allemande. Les négociations sont menées, coté allemand par  Walter Schrieber, ingénieur chimiste et personnage très important auprès du gouvernement allemand et de l’autre par Ennemond Bizot, gendre d’Edmond Gillet qui reste le  PDG français.
 La construction d’une  nouvelle usine autour de l’ancienne est décidée.  Les problèmes techniques  sont résolus. La pâte de bois viendra de Scandinavie. Les ouvriers sont français mais la maitrise est allemande. La production démarre en juin 1942 avec un objectif ambitieux de 400 tonnes/mois. Elle se poursuivra jusqu’en juin 1944. Une collaboration vaille que vaille se poursuivra jusqu’aux dernières semaines de l’occupation.
 Il faut noter qu’il n’y a pas eu de sabotage, pas de représailles ni de mise sous séquestre à la fin de la guerre.  Ennemond Bizot inculpé en novembre 1944, arrêté en avril 1945, emprisonné 4 mois à la prison Saint Paul, sera relâché  et son affaire classée sans suite au motif de non trahison des intérêts nationaux.
 La participation financière allemande est rachetée par les actionnaires français en 1951 et l’entreprise est rebaptisée « Textiles Artificiels du Centre ».  En 1971 elle devient «  Rhône Poulenc Textiles ». La fermeture définitive est décidée en 1984. Il reste alors 340 salariés.

Anne-Marie Berrod

 


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